Le code sans éthique, partie 2

Publié le 12 janvier 2015, par Villemure, René

Dans l’élaboration d’un code d’éthique, on tente trop souvent de prendre des raccourcis conceptuels. On tente de faire plus simple en évacuant la culture. En évacuant la réflexion de l’exercice au profit des règles et des normes « déjà connues ». Le code est souvent un document copié-collé sans égard au contexte de l’entreprise.

On procède à l’exercice de rédaction d’un code pour l’avoir fait ou pour remplir la commande. Puis, on se satisfait d’un code dont l’éthique n’est que dans le titre.

Trop souvent, le produit final est un code de déontologie ou de « bonne conduite ». Il est sans réel contenu éthique; il ne fait qu’indiquer que les dirigeants n’ont pas compris le potentiel de l’exercice ou qu’ils n’ont pas vu le lien entre éthique et prospérité.

Pourquoi?

Même si l’on en parle fréquemment, l’éthique fait peur.

L’éthique fait peur parce qu’elle implique de faire autrement et que certains choix valent mieux que d’autres; lesquels? Pourquoi?

L’éthique fait peur parce qu’elle implique la réflexion. Elle sous-entend la responsabilisation, l’autonomie. Elle suppose que devant une problématique, il faudra dire « je » plutôt que « le code ……. ».

L’éthique fait peur parce qu’elle est un pari sur les gens plutôt que sur les règles.

Sans la nécessaire réflexion qui doit précéder son énonciation, vouloir élaborer un code d’éthique ne mènera qu’à un code de déontologie : tu dois ou tu ne dois pas. Pire encore, elle ne mènera qu’à un code sans éthique voire un code d’éthique de vitrine.

Un code sans éthique n’aura nul autre avantage que celui de n’être plus à faire.

Sans influencer la culture d’une organisation via un exercice réflexif, et figé dans le temps, le code ne pourra que comparer les actions des membres de l’organisation avec un passé jugé comme étant idéal.

Le code permettra de chercher la faute et de désigner un coupable. Sans plus. Un tel code n’offre aucun élément distinctif à l’entreprise, il ne sera qu’une forme organisationnelle et administrative du paraître.

Utile mais si peu…

L’adage nous dit : « On ne change que lorsque ce qui est à venir est meilleur que ce qui est ».

Le code doit donc dépeindre un futur, un idéal, une finalité. Plutôt que de susciter la peur des membres de l’organisation, cette finalité inspirera un changement.

L’éthique, lorsque bien comprise, permettra à l’entreprise de prendre une position distinctive dans son marché, de se démarquer de ses concurrents, de répondre aux nouvelles exigences en matière d’intégrité, de favoriser le recrutement des meilleurs talents et de devenir un meilleur citoyen corporatif.

L’ensemble de ces facteurs contribue à installer l’entreprise dans la durée, et c’est dans la durée qu’advient la prospérité.

L’éthique n’est pas un coût ou une contrainte, elle est un investissement qui mène l’entreprise vers une prospérité durable.

Là est sa valeur.

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