La Chine nous oblige à la prospérité

Publié le 24 octobre 2017, par Bourke, Philippe

Voilà un titre qui a assurément attiré votre attention. Mais détrompez-vous. Je ne parle pas ici de ce gigantesque marché pour nos entreprises exportatrices.

Je parle plutôt d’une récente décision du gouvernement chinois, dont l’entrée en vigueur en 2018 va possiblement nous forcer, et très vite, à enfin réduire significativement le gaspillage. Nous voilà condamnés à prospérer en valorisant mieux nos ressources.

Le gaspillage; obstacle majeur à la prospérité

Quel chef d’entreprise n’est pas sensible à l’importance de réduire au maximum les pertes pour augmenter sa profitabilité? Ceux qui échouent, bien sûr!

Or, cette logique d’affaires implacable a bien du mal à se traduire lorsqu’il est question de la société québécoise dans son ensemble. Malgré les bonnes intentions, les Québécois restent de grands gaspilleurs d’énergie et d’eau, et de grands producteurs de déchets. 

Peut-être cela explique-t-il en partie l’écart de richesse du Québec par rapport à d’autres sociétés comparables? Certes, on ne devient pas riche en jetant l’argent par les fenêtres...

Prospérité inachevée dans la gestion des déchets

J’ai commencé ma carrière en environnement au milieu des années 1990. À cette époque, Québec menait une vaste consultation publique pour améliorer la gestion des matières résiduelles. Au-delà des importants problèmes environnementaux que l’on visait à endiguer, on cherchait aussi une manière de stimuler le développement économique en développant l’industrie de la récupération et du recyclage.

Vingt ans plus tard, un considérable gisement d’emploi et de prospérité reste inexploité. En effet, bien que l’industrie de la récupération (collecte des matières, transport, tri) se soit nettement développée, il en est tout autrement de l’industrie du recyclage (traitement, conditionnement, fabrication de produits et mise en marché).

À quelques exceptions près, dont la remarquable histoire de la famille Lemaire à l’origine du Groupe Cascades, on doit reconnaître que l’industrie du recyclage a peu progressé et qu’elle fait malheureusement du sur place depuis plusieurs années.

Parmi les facteurs qui expliquent ce retard, il y a la Chine et son énorme appétit pour nos matières résiduelles. Depuis des années, pour une poignée de dollars, les centres de tri québécois écoulent en Chine les précieuses matières résiduelles que nous cherchons, en toute bonne conscience écologique, à détourner de nos sites d’enfouissement et à remettre dans le circuit de la production. Grossièrement triées, contaminées par des résidus non recyclables, nos matières résiduelles sont donc exportées plutôt que transformées ici en de nouveaux produits de consommation.

Avouez que ce n’est définitivement pas comme ça qu’une société peut s’enrichir. Et surtout, ce n’est pas le genre d’exportation auquel on pense lorsqu’on rêve au développement de notre commerce international et à l’avenir des générations futures. 

Cette fois-ci,  saisissons l’opportunité

La récente annonce des autorités chinoises de réduire les importations de certaines catégories de matières recyclables, notamment celles de plastiques et de papiers mélangés, doit nous forcer à revoir nos approches. Contrairement à la courte crise qu’ont vécue les centres de tri en 2008, cette décision aura des conséquences permanentes, puisque la Chine veut désormais garantir à son industrie du recyclage un accès privilégié aux matières consommées puis rejetées par sa classe moyenne en pleine expansion.

Cette fois-ci donc, à nous de saisir cette occasion pour entreprendre une réflexion de fond et mettre en place un véritable chantier de développement et d’innovation sociale et industrielle, avec en toile de fond les leçons du passé et en mains, le capital humain et de ressources (matières résiduelles) que nous récupérons chaque semaine dans toutes les municipalités du Québec.

Prenant racine dans toutes les régions du Québec, brisons les silos et mettons à contribution toutes les forces vives de la société, du développement économique et du marché du recyclage. Cela nous concerne toutes et tous.

Et soyons clairs, il ne s’agit pas ici de se fermer au monde, mais plutôt de consolider et d’optimiser nos actifs et nos ressources, locales, régionales et nationales. Ensemble et dans toutes les régions du Québec, reprenons notre prospérité en mains, mettons-nous rapidement à l’œuvre, appuyons-nous sur notre créativité légendaire, notre capacité d’innovation et notre entrepreneuriat. Bref, développons les initiatives et les entreprises pour recycler ici un maximum de nos ressources et assurer un avenir viable aux générations futures.

Haut de page