La règle du 1 %

Publié le 10 février 2015, par Nantel, Jacques

Qu’y a-t’ il en commun entre l’un des plus récents rapports d’OXFAM, Netflix, Google et la théorie des trous noirs? Non, ce n’est pas une devinette de fin de soirée, loin s’en faut. Les quatre parlent de l’incroyable pouvoir d’une sorte d’énergie centrifuge qui vient se saisir de tout ce qui gravite dans son entourage créant ainsi une forme de vide. En matière de création de valeur et de productivité, avouons que l’on a déjà fait mieux.

Commençons par le début, ce plus récent rapport de l’agence OXFAM. Citant des données du Crédit Suisse[1], ce rapport [2] précise, qu’en 2014, « les 1 % les plus riches détenaient 48 % des richesses mondiales, laissant 52 % aux 99 % restants. »  Les sources de ce clivage aux proportions gargantuesques sont connues. La financiarisation de notre économie est, certes, au premier rang de celles-ci. Fait intéressant, déjà en 2012[3], Warren Buffet, que l’on ne pourrait accuser d’être ni un carré rouge et encore moins un crypto-marxiste, reconnaissait que cette concentration accrue causait des problèmes à l’économie et à son développement. Cette semaine encore, le président Obama, dans son discours sur l’état de la Nation, soulevait encore cette question.

Si cette concentration de la richesse crée des problèmes, c’est simplement que le capital et les ressources ainsi concentrés ralentissent, par définition, l’agilité, la variété et la créativité des initiatives humaines et économiques essentielles au développement de l’économie, à la création de valeur et à l’accroissement de la productivité.

Et, qu’en est-il des Google ou Netflix de ce monde? D’origine différente, le phénomène est néanmoins très semblable. Déjà, Google contrôle plus de 30 % de la publicité Web dans le monde, et ce, au moment même où cette forme de publicité représente déjà près de 50 % de l’ensemble des investissements publicitaires. Netflix? Déjà, ce géant de l’audio-visuel contrôle 33 % de la bande passante en Amérique du Nord, et ce, au moment même où de plus en plus de consommateurs délaissent la télévision conventionnelle ainsi que le câble.

D’autres exemples? Pourquoi aller  à l’Opéra de Montréal si l’on peut voir les productions du Métropolitain Opera au cinéma? Pourquoi se contenter de la LCF si l’on peut voir la LNF en temps réel sur grand écran? Pourquoi acheter sur le site de Renaud Bray lorsqu’Amazon est si pratique?  Pourquoi prendre un cours d’économie à l’UdeM ou à HEC si on peut le prendre en ligne avec Paul Krugman, prix Nobel et professeur à la Columbia University?

Les nouvelles technologies, la mondialisation et la volonté toute naturelle que nous avons à vouloir accéder au numéro 1, quel que soit le domaine, font en sorte que la concentration des ventes dans les mains de moins en moins d’entreprises risque fort de suivre le même parcours que celui de la concentration des richesses. Les trous noirs se forment désormais dans tous les secteurs. Les récentes fermetures de détaillants, dont certaines passablement spectaculaires, ne devraient plus nous surprendre. Avec des ventes mondiales de près de 100 milliards de dollars, Amazon contrôle désormais plus de 10 % du commerce en ligne aux États-Unis, une activité qui, elle-même, croît à un rythme de 10 % par année.

Devons-nous alors se surprendre que, depuis 1997, toutes les sorties de crises ou sorties de récessions que nous avons connues en Amérique du Nord se soient produites sans ou avec peu de création d’emplois de qualité?

Si la concentration de la richesse, tout comme celle des parts de marché, est un phénomène socialement inquiétant, elle l’est tout autant sur le plan économique. De telles concentrations menacent non seulement la distribution, mais aussi la création de richesse.

Comment réagir? Comme les économies l’ont toujours fait, c’est-à-dire en encourageant, de manière déterminée et active, non seulement des initiatives entrepreneuriales à haut potentiel, mais aussi des initiatives diversifiées. Il ne nous viendrait pas à l’esprit d’avoir un portefeuille d’actions qui se limiterait à quelques titres. Alors, pourquoi en serait-il autrement de notre tissu économique?

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