Austérité, rigueur, prospérité et espoir...

Publié le 4 mars 2015, par Villemure, René

Tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir

- Petula Clark

Certains mots sont parfois chargés d’un sens qu’ils n’ont pas; plus d’une chose est mal nommée ou mal comprise, ce qui semble être le cas de l’austérité, de la rigueur et, même, de la prospérité.

Pour ces termes, on dirait que tout dépend de qui parle et de qui écoute, ces mots peuvent avoir un sens ou plusieurs sens, voire deux sens opposés.

En citant les termes d’austérité, de rigueur et de prospérité, certains trouveraient qu’ils sont bons ou mauvais tout en ne précisant pas quels sont les critères qui mènent à une telle évaluation… Il n’y a qu’un pas entre ces réponses et ce qu’on appelle une idée reçue, c’est-à-dire une idée fausse dont on ignore à peu près tout mais dont on ne dispute pas la validité.

Poussons l’analyse un peu plus loin.

Le mot « austérité », signifie, dès l’origine âpre, amer, sévère et cruel. Au fil du temps, il faut préciser que le sens initial de l’austérité a évolué jusqu’à signifier, de nos jours, « sévère pour les autres…et envers soi-même »… Il importe de savoir que l’austérité n’est pas une idée à sens unique : elle représente une privation, volontaire, au nom d’un idéal supérieur.

L’austérité est souvent préjugée mauvaise parce qu’elle implique des sacrifices que l’on préfèrerait ne pas faire. Pourtant, l’austérité n’est pas mauvaise en elle-même, elle est cependant difficile.

La rigueur, de son côté, implique les connotations d’inflexibilité et de manière stricte d’appliquer les lois. La rigueur ne laisse pas de place au doute et à l’équivoque mais n’implique pas nécessairement de sacrifices. La rigueur est préjugée bonne parce que l’absence de sacrifices et l’application des lois à la lettre qui la suppose sont, elles aussi, jugées bonnes.

La prospérité est une autre affaire. Comme les deux premiers termes, elle souffre d’un immense préjugé à l’effet que si certains sont prospères, c’est que d’autres souffrent, ce qui n’est qu’un argument à la logique boiteuse.

La prospérité, lorsque l’on y porte attention nous vient des termes latin pro et espare, c’est à dire qui répond de manière active aux espérances. La prospérité contient en son sein les idées d’espoir, de motivation et de créativité. La prospérité est aussi heureuse, elle parle d’abondance et de création de richesses collectives. Du même souffle, la prospérité s’oppose à la détresse, à l’adversité, à l’infortune et au malheur.

La prospérité est souvent jugée mauvaise parce qu’elle implique un effort et que l’on oublie l’aspect collectif de celle-ci en la réduisant, à tort, à un individualisme profond. La prospérité n’implique pas de sacrifice, si ce n’est que celui de travailler, et implique de viser le Bien collectif. On devrait donc juger la prospérité comme étant bonne.

En affaire de compréhension d’enjeux sociaux, et même si c’est parfois difficile, il est essentiel de distinguer les idées reçues des réflexions critiques.

Pour advenir et durer, une société a besoin de la prospérité comme un être humain a besoin d’air. La rigueur est un instrument de la prospérité. L’austérité est un effort collectif à accomplir afin de redresser une situation et de retrouver le chemin de la prospérité.

Aucune société ne s’est construite sur la facilité.

Haut de page