Apprendre à apprendre à prospérer

Publié le 7 avril 2015, par Gosselin, Francis

Pendant des millénaires, le succès de l'activité humaine sédentaire a été le produit de deux facteurs : la terre et le travail. Pour créer de la valeur, il suffisait essentiellement de disposer d'un sol fertile et d'un corps apte au travail physique.

Au cours du 19e siècle, la révolution industrielle a vu naître un troisième facteur de production, le capital. Machines, véhicules et méthodes de production avancées, alimentées par l'efficacité accrue des sources énergétiques comme la vapeur et l'électricité, ont modifié en profondeur les mécanismes de création de richesse. Ces systèmes constituent l'héritage manufacturier et industriel du Québec.

Or, au cours du 20e siècle, un nouveau facteur de production s'est taillé une place croissante dans nos économies : la connaissance. Et avec la connaissance, les industries de service, l'innovation et la créativité sont devenus des facteurs essentiels de la prospérité des nations.

Une différence de nature, pas de degré

Contrairement à la terre, au travail et au capital, la connaissance est un facteur de production aux attributs singuliers. C'est un bien non-rival et non-exclusif : vous et moi pouvons consommer, détenir, manipuler et partager une même connaissance simultanément sans nous en exclure ou en réduire la disponibilité.

La connaissance a également ceci de particulier que plus on en détient, plus elle s'avère utile! C'est ce qu'on appelle, en économie, un rendement marginal croissant. Chaque nouvelle connaissance que vous acquérez vous permettra éventuellement de la combiner à d'autres, de faire des liens, d'innover, voire même de créer de nouvelles connaissances!

Pour en tirer parti, deux choses sont nécessaires : que les connaissances soient disponibles, facilement et à faible coût. Mais aussi que le plus grand nombre dispose des moyens — intellectuels, sociaux, technologiques — pour y accéder.

Il faut, en d'autres termes, savoir apprendre.

Une question d'accès

Qu'est-ce que cela veut dire concrètement? Beaucoup de choses, en somme.

D'abord, instaurer de manière généralisée au sein de notre éducation nationale la notion, centrale aux programmes d'éducation internationaux, d'apprendre à apprendre. À l'ère où la seule constante est le changement, la détention d'une capacité d'accès aux connaissances est souvent plus valable que la connaissance elle-même.

Par-delà les individus, cela a également des incidences sur le système juridique : nos régimes de propriété intellectuelle, basés sur l'appropriation exclusive et la restriction des usages, doivent être repensés afin de favoriser le biais envers les cultures du remix et de l'usage protégé (fair use). Les avocats, juristes et législateurs ont ici à faire preuve de créativité.

De même en ce qui concerne la propriété et la diffusion des oeuvres littéraires et artistiques par les institutions publiques. La démarche d'ouverture, de démocratisation et de diversification menée par le Musée d'art contemporain de Montréal en est un excellent exemple. Un texte d'Ana-Laura Baz, chargée de projet numérique au Musée de la civilisation à Québec, publié le 25 février dernier, témoigne également de ce virage important.

Enfin, et surtout, la libre circulation des idées et des connaissances passe par un renforcement de l'intégration du numérique à toutes les sphères de la société. Autant la neutralité du web, récemment validée aux États-Unis par une décision de la FCC, que la constitution d'un plan numérique pour le Québec doivent devenir des priorités immédiates pour tous les citoyens et tous les décideurs d'ici. Il est grand temps que nos institutions publiques et privées emboîtent le pas à la société civile et à cet underground créatif qui s'est approprié l'Internet comme nouveau terrain d'action, de militantisme et de création.

Ces idées ne sont pas nouvelles. Elles sont promues depuis des années par des penseurs d'ici, comme Sylvain Carle dont le fameux « Plan Nerd » fait du chemin via l'Institut de gouvernance numérique administré par Jean-François Gauthier.

C'est par de tels décloisonnements que nous pourrons tirer pleinement parti de ce nouveau facteur de production qu'est la connaissance. Et permettre la création de nouvelles idées, de nouveaux projets et de nouvelles valeurs, que nous ne pouvons pas même imaginer encore.

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